RES@TICE
Rabat, Maroc
le 13 décembre 2007
La contribution des TICs au développement :
L'expérience du Commonwealth of Learning
Sir John Daniel
Commonwealth of Learning
Introduction
Chers collègues de la francophonie, je vous remercie vivement de m'avoir invité à vous adresser la parole aujourd'hui à cette rencontre de RES@TICE.
J'ai passé ma carrière à cheval sur l'anglais et le français et donc, depuis mon arrivée au Commonwealth of Learning il y a bientôt quatre ans, j'ai voulu renforcer les liens entre le Commonwealth of Learning, que nous appelons 'COL', et la francophonie. Ceci pour trois raisons.
Tout d'abord nous devons collaborer parce que nos deux organisations travaillent parfois dans les mêmes régions, comme l'Afrique de l'ouest, ou dans les mêmes pays comme le Cameroun, le Ghana, l'Ile Maurice et le Vanuatu.
Ensuite, je rappelle que lorsque le Sommet de la Francophonie et la réunion biennale des chefs de gouvernement du Commonwealth ont eu lieu au Canada la même année, en 1987, les gouvernements membres ont approuvé, dans les deux cas, des initiatives nouvelles dans le domaine de la technologie éducative. Pour la francophonie, se réunissant à Québec, c'était la création du Centre international francophone pour la formation à distance, le CIFFAD. Du côté du Commonwealth, à son sommet à Vancouver, on a mis sur pied le Commonwealth of Learning.
Enfin, étant donné le potentiel considérable des technologies de l'information et des communications, les TICs, pour faire avancer le développement, je crois qu'il est intéressant de comparer nos approches et de partager les leçons que nous avons apprises depuis vingt ans. Mon titre est donc: La contribution des TICs au développement : L'expérience du Commonwealth of Learning.
Je commencerai mon exposé par quelques réflexions sur le mot développement. Nous prononçons ce mot fréquemment mais que voulons-nous dire par 'développement'? Comment peut-on exprimer ce mot en termes d'objectifs que nous pourrions poursuivre de façon systématique?
Je vais suggérer que l'atteinte de ces objectifs de développement - et j'entends tous les objectifs de développement et non seulement ceux que se rattachent directement à l'éducation - dépend surtout de notre capacité de fournir aux gens la possibilité d'apprendre.
En anglais je dirais 'learning for development', qui est d'ailleurs le titre de notre plan triennal, mais je sais que les puristes du français n'aiment pas que l'on traduit 'learning' par apprentissage. Au risque d'offusquer les puristes je vais quand même me servir du mot apprentissage, car c'est plus simple.
Si nous sommes d'accord sur le lien entre le développement et l'apprentissage nous faisons face à un problème, car le défi de l'apprentissage est alors énorme. Les méthodes traditionnelles d'enseignement en personne ne sont pas à la hauteur de la tâche étant donné le nombre de gens qui cherchent à apprendre, la variété de leurs besoins, et leur distribution sur le territoire.
Or, dans d'autres domaines de la vie, lorsque les méthodes traditionnelles ne répondent pas aux besoins contemporains, nous faisons appel à la technologie. Que ce soit pour les transports, la production alimentaire, la communication, ou les biens de consommation, la technologie a créé des révolutions qui ont permis un accès massif à des biens et services de bonne qualité à des coûts relativement bas.
La plupart d'entre vous porte un bon symbole de cette révolution technologique aujourd'hui - un téléphone portable. Vous en avez d'autres exemples chez vous et au bureau.
Pouvons-nous créer une révolution semblable dans l'application de la technologie à l'apprentissage afin de répondre aux défis du développement ? De toute évidence la réponse à cette question est affirmative. C'est ce que fait COL depuis vingt ans. Je partagerai cette expérience avec vous et je parlerai de nos projets actuels.
C'est quoi le développement?
Voici le plan de ma communication de ce matin. Je reviens maintenant au début afin d'explorer plus à fond la notion de développement. Pour comprendre la contribution de l'apprentissage au développement il faut que nous nous mettions d'accord sur la signification du terme.
A mon avis il ne faut pas chercher plus loin que le titre du livre d'Amartya Sen, Prix Nobel en économique, Development as Freedom. Comment traduire ce titre en français? Développement égale liberté?
D'ailleurs je sais gré à mon collègue à COL, Joshua Mallet, Ghanéen et ancien président de l'Association africaine des professeurs de français, pour des discussions utiles sur la meilleure façon de traduire le jargon de COL !
Pour Sen le développement veut dire l'expansion et l'extension des libertés dont les gens peuvent jouir. Le développement et les droits humains sont les deux cotés de la même pièce. Selon Sen l'expansion de la liberté est à la fois l'objectif primaire du développement et le moyen principal pour effectuer le développement.
Tout d'abord nous mesurons le progrès du développement par l'avancement des libertés des personnes. Mais ensuite, la liberté est aussi le moteur du développement car c'est par les actions libres des gens que l'on atteint le développement. Les gens libres consacrent plus d'énergie au développement de leurs familles, de leurs communautés et de leurs pays que ceux qui ne sont pas libres.
De quels types de liberté parlons-nous ?
Il y a d'abord la possibilité de vivre sans avoir faim. La faim est une conséquence directe de la pauvreté. En faisant sortir les gens de la pauvreté on les protège contre la faim tout en leur donnant d'autres libertés, comme une plus grande liberté de décision.
Une autre facette de la liberté est de vivre sans maladies chroniques. Les gens ne peuvent réaliser leur potentiel s'ils sont fréquemment malades.
Troisièmement il y a la liberté de vivre sans être constamment entouré de saletés, de fumée de pollution et de bactéries nocives. Bien évidemment, il y a un paradoxe. Dans les pays riches les gens consomment une forte proportion des ressources de la planète mais habitent dans des environnements propres avec de l'eau fraîche dans les robinets, une atmosphère relativement saine, et des services efficaces pour ramasser les ordures. Or, dans les pays en voie de développement les gens consomment moins mais habitent à coté des tas d'ordures, respirent de l'air malsain et composent avec de l'eau sale.
Dans la catégorie des libertés plus évoluées il y a la liberté d'être traité sur un pied d'égalité avec les autres membres de la société, surtout l'égalité entre les femmes et les hommes. Il y a la liberté de recevoir une éducation, la liberté de choisir votre gouvernement, et les libertés de s'exprimer et de pratiquer sa religion.
Sans doute vous pensez à d'autres libertés mais celles que je viens d'évoquer commencent à définir le développement. Plus les gens jouissent de ces libertés plus ils sont développés - et plus ils vont contribuer à développer davantage leurs familles, leurs communautés et leurs nations.
Le défi est d'exprimer ces libertés en termes d'objectifs concrets pour guider notre action. Au Commonwealth of Learning nous faisons cela en réunissant trois groupes d'objectifs
Tout d'abord il y a les objectifs du millénaire pour le développement, qui fournissent des indicateurs de progrès pour les libertés relatives à la faim, la pauvreté, les maladies, la pollution, l'égalité et l'éducation.
Dans le cas de l'éducation nos ambitions sont articulées davantage dans les six objectifs de l'éducation pour tous du Forum tenu à Dakar en 2000.
Enfin, certaines autres libertés figurent dans les valeurs principales épousées par le Commonwealth : la liberté de vivre en paix ; la liberté de la démocratie ; l'égalité devant la loi ; et les libertés associées avec la bonne gouvernance.
L'apprentissage et le développement
Donc, le développement veut dire une plus grande liberté et une liberté accrue privilégie le développement. Mais quel est le rôle de l'éducation, ou de l'apprentissage? Le lien est facile à percevoir. Pour Amartya Sen 'l'éducation est le chemin royal vers la liberté : le chemin royal vers cette liberté fondamentale de l'esprit humain qui soutien les libertés plus pratiques.'
Je n'ai pas besoin de vous convaincre que l'atteinte des objectifs du millénaire pour le développement en éducation et des objectifs de l'éducation pour tous de Dakar passe par une augmentation massive de la possibilité d'apprendre - pas seulement chez les enfants mais également chez les enseignants et tous ceux qui travaillent à l'expansion des systèmes scolaires. Je reviendrai dans un instant aux activités de COL dans ce domaine.
Mais l'atteinte des autres objectifs du millénaire pour le développement dépend aussi de l'expansion de l'apprentissage.
Prenons le premier objectif du millénaire pour le développement, soit la réduction de la faim et de la pauvreté.
Pour combattre la faim il faut aider des millions de fermiers et de fermières - celles-ci étant souvent la majorité dans les pays en développement - à devenir plus productifs. De façon plus générale, il faut permettre aux populations rurales d'avoir une maîtrise accrue sur leurs vies : autrement dit d'apprendre de nouvelles façons de faire les choses. Je décrirai notre programme d'apprentissage continu pour les fermières, qui a permis d'améliorer la prospérité de villages en Inde, et que nous adaptons actuellement pour d'autres pays.
Nous appliquons un raisonnement semblable aux OMDs de santé. Bien entendu, l'on atteindra ces objectifs plus facilement en augmentant le nombre d'infirmières et de médecins. Mais les gens ordinaires eux-mêmes peuvent beaucoup faire pour éviter les maladies et assurer la santé de leurs familles. Le défi est de faciliter l'apprentissage en fournissant des informations accessibles. C'est l'objectif de notre programme d'autonomisation par les média, ou de renforcement des médias, que je décrirai aussi.
Si le développement dépend de l'apprentissage il y a un problème. Il y a des centaines de millions de gens qui vivent de la terre dans les pays pauvres. Les systèmes actuels de formation continue agricoles, fondés sur le transfert de connaissances en personne, ne peuvent opérer à l'échelle requise. Lorsque l'on parle de diffuser l'information relative à la santé les gens se nombrent en milliards. Comment les atteindre ?
La technologie et l'apprentissage
Il faut atteler la technologie à la tâche, comme nous le faisons dans les autres domaines de la vie. J'ai déjà cité l'exemple des téléphones cellulaires. Aujourd'hui, grâce à ces petites machines, les gens ordinaires peuvent communiquer à un prix raisonnable, ce qui commence à transformer la vie dans les pays en voie de développement, tant dans les régions rurales que dans les villes. C'est une vraie révolution.
Le même principe s'applique à l'apprentissage et la mission de COL est d'aider les pays et les institutions à participer à la révolution des technologies d'apprentissage. Il y a vingt ans, lorsque les chefs de gouvernement du Commonwealth se sont réunis au Canada, ils ont perçu le potentiel des TICs pour l'apprentissage et par conséquent ils ont créé le Commonwealth of Learning afin d'aider les pays membres à en profiter.
Avaient-ils raison de croire aux TICs et est-ce que les réalisations de COL ont justifié leur décision ?
En élaborant son plan triennal pour 2006-09 COL a fait une étude rétrospective sur les 20 dernières années dans quatre domaines. Nous avons constaté que les technologies, et notamment celles de la formation à distance, ont eu un impact considérable en enseignement supérieur, en formation des maîtres, en créant des options nouvelles pour l'enseignement secondaire, et en combattant la pauvreté.
Enseignement supérieur
En ce qui concerne l'enseignement supérieur la multiplication des universités ouvertes dans le Commonwealth fournit un bon exemple. En 1988 il y en avait dix. Aujourd'hui il y en a au moins 25 et leurs inscriptions se chiffrent à 4 millions au bas mot. Mais les universités ouvertes ne sont qu'une facette du phénomène. On assiste à une augmentation massive du nombre d'universités traditionnelles qui enseignent à la fois en salles de cours et à distance.
Les scénarios dans les trois autres domaines vont dans le même sens.
Formation des maîtres
Lorsque j'ai réorienté ma carrière vers la technologie éducative en 1973 en acceptant un poste à la Télé-université, ma première tâche était l'évaluation de deux programmes de formation des maîtres : Perfectionnement des Maîtres en Mathématiques et Perfectionnement des Maîtres en Français. Aujourd'hui j'ose croire que nous avons jeté des bases solides, car les excellents résultats du Québec dans le sondage PISA de l'OCDE indique que l'enseignement de ces deux matières est bien fait.
La formation des maîtres à distance est aujourd'hui une grande entreprise au niveau mondiale. Les chiffres sont impressionnants: des centaines de milliers d'enseignants en formation à distance en Afrique et au delà d'un million en Inde. COL soutien cette tendance par ses activités dans des pays aussi disparates que la Gambie, l'Inde, le Lesotho, le Nigéria, le Sri Lanka et la Zambie.
En Zambie, par exemple, nous avons aidé le gouvernement à élaborer une stratégie pour l'utilisation de la formation à distance et les TICs pour la formation initiale et la formation continue des enseignants. Nous avons contribué à la formation continue des gestionnaires de la formation des maîtres de tous les pays du Commonwealth par des ateliers annuels à Singapour.
La semaine dernière, à Bangalore, nous avons lancé ce que nous appelons 'une boîte d'outils' pour l'assurance de la qualité en formation des maîtres qui est le produit d'une équipe de spécialistes recrutés à travers le Commonwealth travaillant sous la direction de COL et du National Assessment and Accreditation Council de l'Inde. J'ai emmené un exemplaire si vous voulez la consulter. D'ailleurs, sachant que la formation des maîtres vous intéresse tout particulièrement, j'ai fait une liste de nos activités dans ce domaine - en anglais seulement, je m'en excuse - qui est disponible dans la salle.
L'Ecole ouverte
Vu les pressions énormes de la communauté internationale pour réaliser l'éducation primaire universelle, le nombre de jeunes sortant du cycle primaire est en croissance rapide. Malheureusement, très peu d'entre eux auront la chance d'aller au secondaire. Il n'y a ni les écoles, ni les enseignants nécessaires. Les ministères de l'éducation cherchent donc d'autres options.
L'école ouverte - et je suis conscient que le terme a une autre signification dans certains pays francophones - représente une option intéressante.
Il s'agit d'un matériel pédagogique de qualité intégré à des réseaux de centres d'études avec des animateurs compétents formés spécialement pour encadrer les enfants - et souvent de jeunes adultes
Le succès des écoles ouvertes en Inde et en Afrique démontrent qu'elles constituent une alternative viable à l'enseignement en salle de classe. COL vient de compléter une étude comparative des écoles ouvertes de l'Inde et de la Namibie, qui démontre que le coût per capita est entre 20% et 30% du coût de l'approche traditionnelle pour un résultat équivalent. L'école ouverte se prête particulièrement bien pour les filles, les femmes, les enfants en situation de travail et d'autres groupes qui ne peuvent accéder facilement à l'école traditionnelle.
Rein qu'en Inde il y a quelque deux millions d'élèves dans 11 écoles ouvertes. Le National Institute of Open Schooling de l'Inde est un partenaire de COL de longue date. Nous l'aidons avec l'amélioration de son système de support pour les élèves, avec la création d'écoles ouvertes au niveau des états indiens, et en faisant un transfert de know-how entre l'Inde et l'Afrique.
Education non-formelle
Enfin, les impératives de développement de l'amélioration de la santé et de la réduction de la pauvreté nécessitent l'apprentissage à grande échelle. Bien que le contenu de l'apprentissage dépende des caractéristiques locales, l'on peut réaliser des économies d'échelle en se servant des mêmes modèles en ce qui concerne l'utilisation des TICs et le soutien aux apprenants.
L'amélioration du gagne-pain dans les régions rurales est la clé de la réduction de la pauvreté au niveau global. Ces gagne-pains dépendent largement de l'agriculture et les méthodes de formation continue traditionnelles dépendent généralement de la communication en personne. Toutefois, depuis la révolution verte des années 1960 on commence à faire appel aux TICs à cette fin.
La radio demeure le médium de choix pour communiquer avec les populations rurales. C'est particulièrement vrai en Afrique où il y avait déjà 65 millions de radio aux années 1990. Plus récemment le vidéo prend de l'importance, et COL fournit de l'équipement vidéo aux agents des ministères de l'agriculture - avec une formation intensive - afin qu'ils puissent montrer aux paysans et aux paysannes de meilleures techniques pour répondre aux changements rapides dans le commerce agricole international.
De nouveaux outils sont maintenant disponibles. Les kiosques informatiques se multiplient dans les villages de l'Inde, même si notre évaluation du phénomène indique qu'elles ont souvent été introduites sans une consultation adéquate des gens du village.
C'est pour pallier à cette lacune que COL a lancé son initiative de formation continue des fermiers et des fermières.
Le plan triennal de COL : 2006-09
J'y reviendrai dans un instant, mais d'abord quelques mots sur notre approche générale. Notre cadre de référence pour le développement intègre les objectifs du millénaire, les objectifs de l'éducation pour tous et les valeurs du Commonwealth.
Dans ce cadre nous identifions trois secteurs d'activité : l'éducation ; l'appropriation du savoir; et l'environnement humain.
Nos activités visent l'un ou plusieurs de quatre résultats.
Tout d'abord, au fur et à mesure que COL travaille avec les pays, nous constatons que les chances de succès dans l'utilisation de la technologie sont de beaucoup augmentées si l'on élabore d'abord un cadre de politiques nationaux ou institutionnels.
Ensuite, beaucoup de notre travail consiste en l'augmentation de capacité des gens pour faire fonctionner des systèmes d'apprentissage à base technologique.
Troisièmement, nous essayons toujours d'analyser notre travail en termes de modèles. Ceci nous aide à comprendre pourquoi une approche nouvelle marche bien et à identifier les ingrédients de son succès. C'est essentiel d'avoir un modèle si l'on veut transférer un programme d'un pays à un autre.
Enfin, bien que nous n'élaborions pas du matériel pédagogique nous-mêmes, nous aidons les institutions à le créer et puis nous encourageons son utilisation à travers le Commonwealth.
Dans notre plan, que vous trouverez sur notre site web, nous avons mis tout cela dans un cadre de gestion axée dur les résultats avec des indicateurs de performance dans chaque cas. La structure de notre programme est simple : nous avons cinq initiatives dans chacun des trois secteurs que j'ai identifiés tantôt.
Education
En éducation nous aidons nos partenaires avec : l'assurance de qualité ; la formation des maîtres ; l'école ouverte ; l'enseignement supérieur ; et l'apprentissage électronique (eLearning). Ce sont les domaines prioritaires identifiés par les gouvernements lors de nos consultations.
J'ai déjà fait référence à la formation des maitres et les écoles ouvertes et nous pourrons y revenir dans la discussion. Mais je voudrais dire un mot au sujet des deux autres secteurs où la contribution de l'apprentissage au développement est peut-être moins évidente.
L'appropriation du savoir
Dans le secteur de l'appropriation du savoir nous avons cinq initiatives aussi, mais je ne citerai que l'exemple de notre programme de formation continue des fermiers et des fermières.
Le modèle, comme d'ailleurs la plupart de nos modèles, est simple mais efficace. Nous commençons à la base en invitant les fermiers, et même le village tout entier, à articuler leur vision d'un avenir économique meilleur et les questions qu'elle soulève.
Ensuite nous demandons aux sources d'information, par exemple les universités d'agriculture ou de sciences vétérinaires, à travailler ensemble, en consortium, pour répondre à ces questions. Souvent l'on se sert des kiosques informatiques des villages comme canal de communication.
Enfin, nous invitons les banques et les firmes locales à s'impliquer sur la base de la promesse d'un village plus prospère.
Dans un village particulier au Tamil Nadu, par exemple, les gens ont décidé que l'amélioration de leur production laitière était la meilleure façon d'augmenter leur prospérité. La première question était fort simple : comment distinguer entre une bonne et une mauvaise vache ? Le consortium d'universitaires a développé une liste de caractéristiques à vérifier et quelques femmes du village, qui avaient appris des éléments de programmation sur le web, ont créé des leçons visuelles à partir de ces réponses.
Cette première étape a généré d'autres besoins d'apprentissage, tels les processus pour contrôler la qualité du lait, car la banque avait persuadé une compagnie laitière dans une ville voisine de garantir des achats réguliers de lait dans le village, à condition que la qualité soit bonne. Ensuite la banque a commencé à faire des prêts aux fermières
Deux ans plus tard les résultats sont encourageants. Quelques $ 200,000 de prêts ont été faits avec un taux de remboursement supérieur à 100% car certains prêts sont remboursés avant l'échéance. Des centaines de prêts supplémentaires sont en préparation. 60% des récipiendaires sont des femmes, qui sont visiblement plus prospères et nettement plus confiantes. Le modèle commence se transférer spontanément de village en village sans intervention de COL, et l'un des gouvernements d'état se prépare à l'adopter le modèle sur l'ensemble de son territoire.
L'environnement humain
Je toucherai brièvement sur un autre modèle, dans le secteur de l'environnement humain, que nous appelons Media Empowerment, qui je traduis par renforcement des médias ou encore autonomisation par les médias. C'est notre réponse aux objectifs du millénaire de santé. Nous l'avons lancé en Afrique mais on l'adopte aujourd'hui en Asie, aux Caraïbes et aux îles de la Pacifique.
Il s'agit d'équiper une ONG - et l'Organisation mondiale de la santé nous aide à identifier des ONGs efficaces - avec une caméra vidéo et le matériel connexe, pour une valeur d'environ $20,000. Ensuite nous entrainons intensivement une équipe de l'ONG dans l'utilisation de l'équipement. L'équipe crée alors des vidéos sur les questions de santé : le VIH/SIDA, le paludisme, etc.
Ces vidéos communiquent de façon très efficace, car ils sont tournés par les gens pour les gens. Afin de diffuser les vidéos ils utilisent ce que nous appelons le cinéma de village. Ils vont à un village la nuit, pendent un drap entre deux arbres, et projettent le vidéo avec un projecteur alimenté par un petit générateur porté par une camionnette.
Dans La Gambie l'ONG qui est notre partenaire estime que quelque 60% de la population du pays a vu l'un ou l'autre des ces vidéos et le gouvernement croit que ils ont arrêtés la croissance des infections du VIH et ont augmenté de façon notable le nombre de gens qui utilisent des moustiquaires imprégnés d'insecticide.
C'est un modèle qui est efficace et qui ne coûte pas cher. Nous rafraîchissons l'équipement vidéo de temps en temps mais c'est essentiellement un exemple de développement autonome sans bailleurs de fonds.
Virtual University for Small States of the Commonwealth
Mon dernier exemple du travail de COL est l'Université virtuelle des petits états du Commonwealth (the Virtual University for Small States of the Commonwealth).
Je rappelle d'abord que 32 des 53 pays du Commonwealth, soit les deux tiers, sont de petits états, pour la plupart avec des populations inférieures à 1,5 millions. Ces pays, qui font face à de nombreux défis, sont donc une préoccupation importante pour le Commonwealth.
Les ministres de l'éducation ont tenu l'une de leurs rencontres biennales en 2000, l'année de ce que l'on appelait la frénésie du dotcom. Vous vous rappelez du discours dans les médias à cette époque, qui voulait que dorénavant toute l'éducation se ferait sur un écran d'ordinateur.
La plupart des petits pays craignaient ne pas avoir la masse critique, ni en équipements, ni en personnes qualifiées, pour suivre cette révolution en éducation. Mais, espérant créer la masse critique nécessaire en travaillant ensemble, ils ont lancé le concept d'une université virtuelle de petits états. A vrai dire ce n'est pas une nouvelle institution, mais plutôt un réseau de collaboration. Le but est de renforcer les programmes dans les universités et les collèges tertiaires de ces états, non pas de créer un nouveau concurrent.
Les ministres ont demandé à COL de coordonner le projet, mais c'est leur initiative. COL est là pour faciliter sa réalisation. Depuis deux ans les pays collaborent en ligne pour créer des ressources pédagogiques ouvertes dans des domaines prioritaires. Il ne s'agit pas du cursus universitaire classique, mais plutôt des programmes courts axés sur l'emploi, par exemple le tourisme, la formation continue dans les secteurs de l'éducation et de la santé, les compétences de vie et la gestion des désastres.
Afin de lancer la collaboration en ligne pour chaque nouvelle matière nous réunissons des experts des pays participants pour une période de trois semaines. Le premier des ces ateliers, axé sur le tourisme et la gestion de petites entreprises, a eu lieu à Maurice en 2006. L'on a fournit aux participants une formation de base dans les techniques pour la collaboration en ligne et ils on commencé l'élaboration de matériel pédagogique électronique, un processus qui a continué lorsqu'ils sont rentrés chez eux.
Cette année nous avons tenu trois autres ateliers de ce type : pour la formation continue des enseignants à Singapour, pour les compétences de vie à Trinidad et Tobago, et tout récemment pour la gestion des désastres à Samoa. En plus du matériel pédagogique, ces ateliers créent des sous-produits intéressants. Puisque les participants partagent leur formation en travail virtuel avec leurs collègues une fois rentrés chez eux, nous estimons que quelques 400 personnes ont acquis un entrainement assez poussé en informatique, ce qui est considérable relatif à la population des pays. Par ailleurs on assiste à la création d'un réseau riche de liens culturels entre les gens d'une même spécialisation qui habitent dans tous les coins du monde mais qui ont en commun l'expérience de vivre dans des petits pays.
Sans entrer dans les détails techniques je souligne que tout ce contenu est créé sous forme ouverte sur notre WikiEducator, avec une licence Creative Commons. Par ailleurs, afin de maximiser l'utilisation du matériel, le Qualifications Authority de l'Afrique du Sud aide les pays à élaborer un cadre commun de qualifications sera finalisé en février.
Voilà une description très brève d'un projet assez inédit. Le succès de l'initiative dépendra surtout de l'engagement des institutions tertiaires des pays participants. Toutefois, j'ai bonne confiance que cette université virtuelle aura un impact positif et aidera la création de la masse critique de compétence en TICs qui permettra à ces pays de participer pleinement à la société du savoir.
Conclusion
Je termine mon exposé avec cet exemple. J'espère que cette description du travail du Commonwealth of Learning puisse vous donner des idées pour des échanges d'expérience, ou même des projets conjoints, entre la Francophonie et le Commonwealth.